Infames Romani

Cn. Cornelius Cn. f. Scipio [321]

Numéro
123
Identité
Catégorie
Auto-épuration du Sénat
Sous catégorie
-
Date de l'épisode
-146
Références prosopographiques

F. Münzer, RE, 4/1, 1900, col. 1427, n° 321 s. v. Cornelius ; DPRR n° CORN 1732.

Attention ! L'épisode est daté d'environ 146 ou d'environ 109 av. J.C.

Source
Source

Val. Max., 6, 3, 3b : Atque hic quidem senatus animaduersionem meruerat : Cn. autem Cornelius Scipio Hispali filius prius quam mereri posset expertus est : nam cum ei Hispania prouincia sorte obuenisset, ne illuc iret decreuit adiecta causa, quod recte facere nesciret. Itaque Cornelius propter uitae inhonestum actum sine ullo prouinciali ministerio tantum non repetundarum lege damnatus est.


Et lui [M. Claudius Clineas] du moins avait mérité la sanction dont le Sénat l’a frappé. Mais Cn. Cornelius Scipio, fils d’Hispalus, l’a subie avant de pouvoir la mériter. Car après avoir obtenu la province d’Espagne au tirage au sort, il a vu le Sénat lui interdire d’y aller, avec le motif qu’il ne savait pas se bien conduire. Ainsi Cornelius a dû à sa mauvaise conduite, sans même avoir de province à sa charge, d’être presque condamné au nom de la loi sur la concussion (trad. R. Combès, CUF).

Notice
Notice

Cn. Cornelius Scipio nous est présenté simplement par Valère Maxime[1] comme le fils de Cn. Cornelius Scipio Hispalus[2], consul en 176, mais F. Münzer[3] le considère plutôt comme le fils de Cn. Cornelius Scipio Hispanus[4], préteur pérégrin en 139. Selon H. Etcheto, il pourrait également être le fils aîné du consul de 176 et le père du préteur de 139[5]. En dehors de la datation de l’épisode, ce point n’a pas une grande importance puisque dans les deux cas notre personnage appartient à la puissante gens Cornelia. Si l’on suit la filiation de F. Münzer, sa préture devrait être placée autour de 109, date que suit T. R. S. Broughton[6], tandis que si nous maintenons la lecture en Hispalus, alors il faudrait envisager de placer cette préture vers 146. Cn. Cornelius, préteur, se vit attribuer par le sort la province d’Espagne, soit au milieu soit à la fin du IIe siècle, mais le Sénat décréta qu’il ne devait pas s’y rendre à cause de sa vie immorale (propter uitae inhonestum écrit Valère Maxime). Ainsi, il y eut un véritable sénatus-consulte (decreuit) qui jugeait que la vie de Scipio le désignait comme un gouverneur dangereux, sans doute susceptible de piller la province (recte facere nesciret).


C’est, à notre connaissance, le seul iudicium de moribus du Sénat débouchant sur une telle sanction. Scipio ne se vit pas priver de sa préture, mais l’affront était sévère au point que même Valère Maxime le considérait comme injuste. Il est surprenant que F. Münzer n’ait pas envisagé de cause politique à cette mesure, vraisemblablement parce qu’il manquait d’éléments sur la vie de notre personnage et surtout sur le contexte. Néanmoins, si l’authenticité de la décision rapportée par Valère Maxime nous paraît certaine, nous ne pouvons rien conclure quant à la réalité des accusations pesant sur Scipio et nous devons nous contenter de ce que nous apprend ce maigre extrait[7]. Par ailleurs, il est tout à fait envisageable, qu’à une période difficile, afin d’éviter une rébellion en Espagne, le Sénat ait préféré interdire à un préteur de se rendre dans une province, prétextant peut-être une autre raison, mais officieusement parce qu’on craignait sa conduite une fois en place.




[1] Val. Max., 6, 3, 3b.


[2] F. Münzer, RE, 4/1, 1900, col. 1492-1493, n° 346 s. v. Cornelius.


[3] F. Münzer, RE, 4/1, 1900, col. 1427, n° 321 s. v. Cornelius.


[4] F. Münzer, RE, 4/1, 1900, col. 1493, n° 347 s. v. Cornelius.


[5] Etcheto 2012, p. 197.


[6] MRR, 1, p. 546. Voir aussi Willems 1885, 2, p. 566 n. 2.


[7] Schmähling 1938, p. 102 modifie, sans que l’on comprenne pourquoi, l’épisode : Scipio aurait été poursuivi en justice pour avoir refusé sa province.

Bibliographie
Bibliographie

Etcheto 2012 : Etcheto H., Les Scipions. Famille et pouvoir à Rome à l’époque républicaine, Bordeaux, 2012.


Schmähling 1938 : Schmähling E., Die Sittenaufsicht der Censoren, Stuttgart, 1938.


Willems 1885 : Willems P., Le Sénat de la République romaine, Paris, 1885² (2 vol.).


Clément Bur, Infames Romani n°123, Albi, INU Champollion, Pool Corpus, 2018, mis à jour le